De la computation paysanne, yennayer est aussi le premier jour de la dernière décade des fameuses "lyali", période la plus froide de l'année allant du 13 décembre au 22 janvier. La coutume veut que l'occasion soit estampillée d'un cachet particulier en priant les forces divines de fertiliser la terre, source de profusion et de prospérité. Toutefois, le plat préféré est le couscous préparé au bouillon de volaille que certains préfèrent égorger eux-mêmes par respect aux vertus prophylactiques assignées au sacrifice. Un rite qui fait croire à l'expulsion des forces maléfiques (asfel), d'où cette expression ancienne qui dit : "Sil eddem irouh elhem".
Au bouillon qui doit comporter des légumes secs, on évite des produits épicés ou amers qui pourraient s'avérer d'un mauvais présage pour le reste de l'année, voire sécheresse et incendie des récoltes. Additionnement au couscous garni, on prépare aussi des crêpes, des beignets, et des confiseries sont offertes aux enfants en guise de douceur. Cependant, durant yennayer on doit manger à satiété et aux enfants, qui ne veulent pas terminer leur ration, on les menace d'appeler "theryel" ou "aâdjouzet yennayer" qui viendrait les éventrer pour les remplir de foin et de paille. Néanmoins, la table n'est débarrassée qu'une fois assurés que tout le monde s'est bien régalé. Dans les Aurès, en taznakht et dans l'Oranie, à Tlemcen notamment, on mettait jadis un peu de nourriture dans le métier à tisser (azzetta), dans la meule domestique (thisirth) et dans le foyer au feu (kanoun) pour embaumer de bénédictions ces objets essentiels dans la vie rurale. Signe de prospérité et de renouveau, yennayer est marqué dans certaines régions par le changement de certains décors et habitudes afin de débarrasser la maison des aléas de l'année écoulée et la placer sous le signe de l'abondance. Symbole de longévité, on procède à la première coupe de cheveux aux petits garçons comme on taille les arbres à la même période. Cela dit, dans certaines régions berbérophones, on dit que l'enfant est comme un arbre, une fois débarrassé des mauvaises influences, il poussera plus fort et plus énergiquement. Bien que yennayer est porteur de belles choses, il est aussi émaillé de quelques interdits : ne pas balayer pour ne pas chasser les bonnes influences, ne pas sortir le feu (les braises) de la maison et s'abstenir de prononcer des mots de mauvais augure tels que misère, sécheresse, faim, etc. La fête du nouvel an amazigh est, avant tout, une valeur-symbole profondément ancrée dans la mémoire collective bonifiée par un écheveau de mythes, légendes et histoires qui s'entremêlent et que sociologues et historiens n'ont pas fini de démêler. Des légendes se sont tissées autour de Yennayer et des contes sont nés d'histoires aussi vieilles que le calendrier grégorien. Une des plus connues est l'histoire de cette vieille femme (tafkerte) qui, sortant un jour de soleil et croyant l'hiver passé, s'était moquée de lui. L'hiver, furieux, demanda à Fourar, premier mois du printemps, de lui prêter deux jours pour se venger. Il envoya un violent orage qui, selon certaines versions, a emporté la vieille femme dans les flots, et selon d'autres, a transformé la femme en une statue de pierre. C'est ainsi que Yennayer s'est prolongé jusqu'au 11 février alors qu'il devait s'arrêter le 9 février. Yannayer (qui signifie le 1er du mois ou le commencement du mois) ne se résume pas à la célébration cyclique d'une date, c'est surtout une prière à la fertilité, la profusion et la postérité. C'est une supplique qu'on adresse aux forces de la nature, leur demandant d'être généreuses avec les agriculteurs pour que le nouvel an soit abondant en récoltes et en richesses. A taznakht, les enfants célébraient l'événement en se grimant et en portant des masques. Puis, ils faisaient le tour des maisons des villages en quête de friandises et d'offrandes. Par ce geste rituel, les villageois négocient en quelque sorte une alliance avec les forces occultes qui placeraient la nouvelle année sous d'heureux auspices. Un rituel ancestral qui ressemble à bien d'autres manifestations et rituel que nous retrouvons sous d'autres cieux et chez d'autres civilisations et peuplades. En somme, yennayer, une tradition encore vivante de nos jours avec ses rites, ses douceurs et sa symbolique, incarne le passage d'une étape à une autre.
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